Influencée aussi bien par l’art pompier de la fin du XIXe que par les pochettes de R'n'B des années 90 et 2000, Elisabeth Gomes Barradas réalise des montages et portraits photographiques d’inconnu.es et de micro-célébrités afro-descendantes repérées sur les réseaux sociaux.
Assumant à la fois un rôle de photographe mais aussi de casting manager et de styliste, Elisabeth Gomes Barradas approche ses sujets comme des stars à part entière et investit tous les potentiels de séduction de l’image, de l’accessoire et de la mise en scène. Jouant avec les codes de la photographie de mode, de la presse people et des grands portraits de la peinture classique, chaque série photographique capture ainsi la confiance vacillante des personnes incarnant avec leur style et leur attitude une tendance ou une mode aperçue dans la rue, à la télévision ou en ligne, des années 90 à de nos jours.

Entre anthropologie, art et histoire populaire,  le travail d’Elisabeth Gomes Barradas vise à identifier et s’approprier les symboles et les codes de sous-cultures afin de célébrer l’inventivité et l’innovation esthétique issues de la pop culture et de la rue. Avec une approche pluridisciplinaire, l’artiste examine les enjeux de genre, de masculinité et de race dans la culture populaire, mais aussi les liens qui unissent l’art, la musique et la mode.

Chaque projet photographié donne en effet lieu à des recherches iconographiques et des curations d’objets et d’accessoires visant à recréer, à travers le portrait, un univers et une ambiance particulière. Une manière pour Elisabeth Gomes Barradas de retravailler quelques-uns des principes les plus fondamentaux de l'histoire de l’art, telle la relation figure/fond et celle de l’artiste à son modèle.

Si l’usage de l’argentique et le choix de ses sujets témoignent d’une fascination nostalgique pour le passé et l’esthétique « vintage »,  la pratique Elisabeth Gomes Barradas est aussi bien un acte de mémoire qu’une manière de formuler un langage décommercialisant des images commerciales, entre amour sincère et parodie.



Texte écrit par la critique d'Art Julie Ackermann, à l’invitation de Documents d’Artistes Bretagne pour BASE, le 7 Janvier 2022.